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Comme beaucoup de personnes j’ai cédé à la vague Black Panther. Non pas à cause d’un effet de mode mais bien pour la richesse de messages véhiculés par ce film. Je ne reviendrais pas sur les critiques qui demandent pourquoi est-ce qu’on ne met pas à un tel niveau des produits africains plutôt que de l’Hollywwod qui parle de l’Afrique. En fait la raison en est simple : un bel emballage et un bon conditionnement sont autant de critères pour apprécier un produit.

Pour une fois mon article ne sera pas juste polissé parce que j’aimerais parler de l’identité d’un peuple et sa mesure à évoluer en partant de sa culture.

Black Panther n’est pas une révolution parce qu’il met en scène un très grand nombre de Noirs (perso je ne comprends pas cette manie de dire Black en français). C’est une révolution parce qu’une industrie habituée à mettre en second plan des personnages Noirs, a non seulement focalisé toute son intrigue en Afrique, mais a en plus donné à un peuple aux quatre coins de la terre, des modèles de développement, de force et de grandeur auxquels il peut plus aisément s’identifier. Ce sont justement les éléments de cette identification qui m’interpellent aujourd’hui.

En tant qu'Africain, ous sommes soumis à un dilemme dans notre vie et notre travail : comment concilier nos traditions avec le monde moderne ?

Nous cherchons aujourd’hui les voies et moyens pour nous rattacher à notre culture, pour ne pas perdre de cette identité. Des pays comme la Chine ou le Japon ont réussi cet excellent compromis de la tradition et du développement. Très attachés à leurs traditions, ils manient pourtant très bien des outils à la pointe de la technologie, souvent ils se placent même en précurseurs.

La tradition n’est pas en elle-même l’ennemi du développement.

Les croyances religieuses ne sont pas dissociables des avancées technologiques et scientifiques. Certains voudraient nous faire croire qu’il est impossible de croire en une force supérieure tout en étant scientifique. On peut trouver des réponses sur notre plan sans exclure une compréhension plus haute.

Nous avons été rassemblés par l’idée que nous étions tous pareils, soumis à la volonté d’un autre peuple. Au final, il s’avère qu’il s’agit juste des effets d’une conquête. Une conquête réussie se révèle dans la soumission d’un peuple à l’idée qu’il ne peut rien faire contre son envahisseur. Et pour cela ses représentations sont effacées.

Certaines de nos traditions devaient et doivent évoluer. Quant à savoir lesquelles, il s’agit simplement de celles qui donnent à une personne le droit de disposer librement de la vie d’une autre. Il n’empêche, à des actes correspondent des conséquences positives ou négatives. Et cela doit être maintenu pour que le développement ne soit pas l’excuse de dérives.

Pour parler encore de tradition et de technologie, dans le film on a souvent vu les personnages faire appel à autre chose qu’à la science et la technologie. Quand ils se battent avec des armes ancestrales simples ou améliorées par exemple. Une bonne façon de montrer que la base n’a pas toujours besoin d’être effacée, elle peut juste être améliorée.

 

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On peut adopter une tenue traditionnelle sans être folklorique

Au fond c’est parfois l’impression qui ressort. L'ex-président ghanéen John Kufor m’a impressionnée une fois où son épouse et lui ont porté leurs tenues traditionnelles pour rencontrer la reine d’Angleterre. J’ai été impressionnée justement parce que nous avons oublié que c’est en fait cela nos tenues d’apparat.

D’accord, pour moi qui suis Béti ce serait plutôt compliqué de me présenter avec les seins à l’air et un cache-sexe dans une rencontre officielle. Seulement, ce qui est bien quand on est Camerounais, c’est qu’il y a de nombreuses tribus dont je peux exploiter la tenue un peu plus couverte avec juste quelques adaptations. Cela de nouveaux designers camerounais le permettent. Ils revisitent le style traditionnel pour lui donner un coup de modernité – parfois avec des exagérations mais je m’égare.

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La femme a sa place dans le développement de cette société

Contrairement à ce qui se passe aujourd’hui, la femme avait une place forte dans de nombreuses sociétés en Afrique. Elles étaient guerrières comme les Mino du royaume du Dahomey, renommées amazones par les occidentaux. Ces femmes combattaient, chassaient ; elles étaient la garde privée du roi. Nous avions des femmes guérisseuses. Aujourd’hui nous avons l’impression que seuls les hommes peuvent l’être mais dans des récits et des contes on retrouve des femmes sages, et pas juste sages-femmes, des prophétesses (là j’ai un peu en tête les films nollywoodiens), des marchandes…

Pourtant quand on en parle aujourd’hui c’est comme si elles sont sorti de l’école occidentale. Les colons ont mis les femmes en choses fragiles qui restaient à la maison mais dans nos contes il aurait été impensable pour un homme de se marier avec une femme qui n’était pas capable d’autonomie, surtout quand les hommes partaient souvent à la guerre ou dans des campagnes de chasse.

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Notre survie ne passe pas par un protectionnisme

Alerte spoiler –

Les pays ont tendance à se fermer sur eux-mêmes lorsqu’ils sentent une menace. Pourtant l’histoire à prouver que c’est l’autarcie et le protectionnisme qui peuvent conduire le monde à sa perte. Avec les guerres mondiales, c’est le fait de vouloir se protéger de l’extérieur en ne se mêlant de rien, qui nous a conduit à la catastrophe. Idem pour le Wakanda. Obnubilé par sa protection le peuple du Wakanda n’a pas souhaité réagir aux malheurs de ses frères. Il a commis des erreurs au nom de la survie et ce besoin de s’en tenir à des règles juste parce qu’il en avait toujours été ainsi, juste parce qu’il fallait se protéger, les a presque conduit à la guerre.

L’extérieur essayera toujours de nous influencer mais nous pouvons aussi l’influencer. Nous pouvons aussi donner au monde une part de nous-mêmes. Un style, une manière de penser, un morceau de développement. Sincèrement quand j’entends dans le film qu’un pays de l’Afrique noire est le plus développé au monde, je me prends à rêver.

C’est ce rêve, c’est cette projection qui est la véritable clé de Black Panther. Soyons donc ces porteurs de solutions animés par le désir de changer l’Afrique et d’influencer le monde positivement.

 

Winnie NDJOCK


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